Oral blanc
Dans l’épisode précédent, je vous avais laissés au comble du suspense, me rendant la fleur au fusil à l’entretien mystère, dans un lieu (presque) tenu secret : la mairie de Tarmagnole-sur-Croupinière.
Alors, ça ressemble à quoi, un entretien clandestin ? Mon 1er d’entretien d’embauche en un an de traversée du désert de Gobi, qui plus est.
A défaut de ressentir le frisson de l’aventure, j’ai réussi à obtenir la clé de l’énigme.
Il s’agissait donc d’une candidature spontanée, dans laquelle je m’étais proposée afin de grossir les rangs du personnel saisonnier.
Après les trésors de confidentialité déployés par la directrice des ressources humaines qui a cru malin de me convoquer sans me parler du poste, j’ai imaginé le pire : et, je vous le donne en mille, qu’est-ce qui représente le pire, pour une chômeuse de longue durée ? Un CDI.
Une demandeuse d’emploi “long terme” redoutant un poste stable, rien que l’idée mériterait une radiation ou une dénonciation en bonne et due forme à Messieurs Christian Charpy, Pierre Lang ou Laurent Wauquiez.
Mais pour ma défense, plutôt me faire fouetter que de bosser dans la com’, encore moins dans une mairie, encore moins dans cette ville, pour le restant de mes jours. En effet, en septembre et quoi qu’il se passe -prise d’otages, tremblement de terre ou fuite radioactive-, j’entre en école de journalisme.
Toujours est-il que mon entourage m’a rassurée : “t’inquiète, poulette, tu seras au mieux vacataire. Or, tu sais combien de temps les vacataires doivent batailler avant d’obtenir ne serait-ce qu’un risque éventuel de CDI ?” La réponse s’assimilant à : “un bon siècle”, je me suis remise à respirer.
Je me suis donc rendue à l’entretien confiante, sereine, en priant pour éviter le CDD de 6 mois (ce qui déborderait sur septembre), et en m’apprêtant à surjouer une déception et une résignation de composition au cas où on me proposerait un CDD de 3 mois (totalement parfait dans mon cas).
A l’accueil, je repère un petit garçon, enfin, un préado, je veux dire un jeune homme assis dans un fauteuil…sûrement un petit qui vient faire refaire sa carte d’identité qu’il a paumée au lycée.
Je déclare, fière, que j’ai rendez-vous avec Monsieur le maire (bah oui, même pour nettoyer les chiottes, je suis pas n’importe qui, moi, j’ai rendez-vous avec le maire quoi ! ). La dame me signale qu’il y a “un peu de retard” et m’indique un siège.
C’est-à-dire, à côté du bébé boutonneux, totalement absorbé par ses baskets.
Moi, méprisante ? J’ai juste eu (un peu) les boules qu’il me réponde : “oui” quand je lui ai demandé si lui aussi avait un rencard avec le maire. D’autant plus qu’il tenait entre ses mains une maigre pochette contenant le book de toute une vie (scolaire) alors que je n’avais même pas cru bon d’amener mon CV.

Après quelques minutes, la porte du bureau du maire s’ouvre. Un adjoint invite le pré-bachelier à entrer.
Trois minutes plus tard, un second jouvenceau débarque dans le hall et réclame son audience municipale. Le jumeau du premier : chemise, baskets. Sauf que lui est arrivé, littéralement, les mains dans les poches. Pas de carnet, pas de stylo, on l’aurait dit aussi concerné par l’entretien que par une messe dominicale. A peine assis, il s’est mis à mâchouiller un chewing gum.
Je me suis demandée si, cette année, pour une raison inconnue, le lycée n’avait pas organisé les épreuves orales du bac blanc à la mairie.
J’ai fait ensuite mentalement la liste de tous les postes pouvant être pourvus par des gamins pré-pubères. Sûrement pas le CDI tant redouté dans la com’. Voilà qui avait presque de quoi me rassurer :
Jardinier de bureau (on sous-estime totalement le nombre de plantes vertes siégeant dans une mairie), sculpteur de trombones, technicien d’ampoule ?

L’adjoint au maire m’a tiré de mes hypothèses au bout d’un quart d’heure, laissant s’échapper le premier candidat, qui n’a pas manqué de topper dans la pogne de son pote (ils étaient camarades de classe). Je m’attendais presque à ce qu’ils s’échangent des cartes Pokémon. En tout cas, il était ravi de son grand oral, qui s’était passé “nickel”. En revanche, il n’a rien dévoilé du poste.
Et mon tour est arrivé. Simple à raconter : la mairie cherche 2 personnes pour occuper un poste d’accueil touristique dans un quartier qui met en valeur la littérature et l’écriture (je n’en dis pas plus, on pourrait reconnaître la ville). Un candidat pour juillet, l’autre pour août, au smic. Point barre.
Si on prend en compte le fait que mon profil est purement littéraire, que j’ai déjà bossé (et géré des clients), que je parle anglais (la ville regorge de britanniques, encore plus l’été), et que j’avais un décolleté qui n’a pas dû jouer en ma défaveur face aux trois mâles qui me recevaient, je pense qu’il est possible que je sois occupée un mois cet été. (Et puis pour un job d’accueil, en général, on prend plus souvent des filles, a fortiori quand elles ont des seins sont bilingues).
Last but not least, j’ai fait rire monsieur le maire (il m’a dit que, vu mon expérience, ce poste n’était ptet pas très intéressant pour moi, et j’ai répondu qu’en postulant en tant que saisonnière, je n’avais dans tous les cas jamais caressé l’illusion que je le remplacerais). Oui je sais, Miss France l’avait faite avant moi avec Jean-Pierre Foucault, je pioche mes idées là où je peux, hein.
La meilleure partie de ces 15 minutes (chrono), c’est quand il m’a demandé si j’étais opérationnelle au niveau rédactionnel. Comment te dire, c’est mon métier.
Bon, j’arrête de frimer, parce que 1) je ne sais même pas s’ils vont me prendre et 2) il ne s’agit quand même que d’un mois au smic.
Voilà, tout ça pour ça.
Réponse tout bientôt, je vous tiens au courant !
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