« Je me permets de vous re-re-re-lancer »

Je suis perdue.

Déroutée.

Désorientée.

Aujourd’hui, un recruteur m’a répondu. Et j’en suis extrêmement émue.

Certes, j’avais passé 3h30 à lui proposer plein d’idées par mail il y a trois semaines, sur son mail privé, grâce à une amie commune. Certes, je l’avais relancé, puis, sans réponse, j’avais demandé à cette amie si elle pouvait lui demander s’il pouvait lui-même demander à sa boîte mail de lui redonner mon message, et d’y répondre éventuellement. (Le quotidien d’un demandeur d’emploi demande pas mal d’intermédiaires et de stratégies retorses).

Toujours est-il qu’il m’a répondu dans la foulée. Et avec plein d’humanité (sans ironie aucune). Ou peut-être ai-je vu de l’humanité là où il n’y avait qu’une réponse donnée par un être humain normal, tellement je cours après les réponses, tout court.

Tellement, même après convocations à des entretiens, déplacements à l’autre bout du département et exécutions de test écrits, je hurle parfois dans le vide intersidéral pour savoir ce qu’il en est, ne rencontrant qu’un écho surpuissant.

Voilà sa jolie réponse, négative mais encourageante, et, cher T., je te remercie une nouvelle fois d’avoir pris le temps de la rédiger.

« Désolé de ne répondre que maintenant je suis un affreux goujat. Pour tout te dire j’avais beaucoup aimé ta candidature et beaucoup ri en la lisant et je voulais prendre le temps de te répondre bien. Ben c’est raté.

Tu écris bien et tu as plein d’idées très créatives, honnêtement je suis sûr que ce serait un plaisir de travailler avec toi.

Malheureusement nous n’avons aucun crédit pour recruter en ce moment. […]

Du coup je garde précieusement ton mail, quand nous aurons plus de marges je ne manquerai pas de penser à toi. »

Je ne doute pas une seule seconde que la temporalité des demandeurs d’emploi n’est pas la même que celle des salariés en poste.

Je sais pertinemment que dans mon domaine, les gens en poste sont surmenés, overbookés, ont du travail plus qu’il n’en faut (quand il ne sont pas en sous-effectifs). J’essaie de ne pas relancer les recruteurs après une heure, ni même une journée. Blague à part, je relance après en général une semaine ou deux.

Je n’attends pas d’un recruteur qui a reçu 798 candidatures à un poste, qu’il prenne sa plume et son parchemin pour couvrir mon CV d’éloges et regretter à quel point je ne fais pas l’affaire, en parsemant les lignes de larmes de sang.

Mais j’attends d’un recruteur qui a sélectionné ma candidature, qui m’a rencontrée, et qui m’a fait comprendre que la réponse serait « rapide », d’y faire honneur un minimum.

Ou d’un recruteur auquel je fais l’effort d’envoyer spontanément une prose adaptée, ciblée et un peu créative, d’en accuser au moins réception. Voire d’y répondre, même pour dire « non », sans que je sois obligée de mendier (c’est le mot) trois fois (ou plus), en débutant par « Je me permets de vous solliciter à nouveau / de vous relancer / de vous exprimer toute ma rage et mon impuissance« …

De ne pas oublier que lui/elle aussi, a commencé. Qu’une réponse redonne un peu d’énergie, d’espoir, d’huile dans le moteur…

…ne serait-ce que pour pouvoir encaisser les futures non réponses.

J’ai récemment évoqué cette réflexion avec des amis qui vivent ou ont été amenés à vivre la même chose. Si la plupart me comprennent et me donnent « raison », ils sont 90% à me traiter affectueusement de Bisounours. Parce que la vraie vie comprend des impératifs, des gens pressés, et encore une fois, des points de vue différents sur les choses, que l’on soit recruteur ou demandeur d’emploi. Malgré tout, je trouve que ce n’est pas une raison pour se résigner et pour considérer cet état de fait comme la normalité.

De mon côté, j’ose m’y engager : si un jour je suis de l’autre côté du portillon, j’espère avoir encore assez d’humanité pour mettre toute cette belle théorie en pratique. J’espère…et je sais pourtant que rien n’est moins sûr.

J’ai peut-être initié un débat mort-né, enfoncé 15 portes-fenêtres qui étaient déjà ouvertes. Je semble peut-être complètement dépassée, ou désespérée, ce qui n’est pourtant pas le cas.

Mais je voulais simplement souligner qu’une simple réponse négative est toujours une expérience positive, du moins une information, qu’elle permet de passer à autre chose, de ne pas dépenser son énergie 15 fois au même endroit, et qu’il est TOUJOURS utile de la donner.

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6 commentaires pour « Je me permets de vous re-re-re-lancer »

  1. Pern dit :

    Bon courage vraiment…j’ai connu ces déboires à un âge où l’on préfère penser à ce que l’on va faire à sa retraite plutôt que de retourner sur le monde du travail ! J’espère de tout coeur que vous aurez satisfaction dans vos recherches !

    • Claire dit :

      bonjour !
      En réalité ce blog est + ou moins fermé, vu que j’en suis sortie également…j’aurais aimé avoir le temps de continuer le blog, mais là le travail bouffe tout. Un jour je ferai un billet sur cet éternel paradoxe (être au chômage, avec plein de temps, mais pas d’argent, ou l’inverse…) Merci en tout cas pour votre message.

      • Terrie Marie dit :

        C’est la réalité… On a, ou du temps et pas de sous, ou quelques sous, de la motivation et pas de temps… D’où l’idée peut-être envisageable d’un 32h par semaine pour tous !!!

  2. EC dit :

    C’est toujours bien d’avoir des retours d’expérience! Moi, rien que pour ne serait-ce trouver un stage de 1 mois (4 petites semaines) en compta, j’ai vécu cette angoisse des lettres mortes et négatives!

  3. arnaud dit :

    C’est triste mais tellement dans la réalité. Merci de partager votre expérience.
    J’ai vécu le genre de situation que vous vivez et c’est tellement frustrant d’attendre… le fait de ne pas avoir de réponse pèse beaucoup sur le moral et sur la confiance, chose qui se ressent dans les futures entretiens… C’est un cercle fou…

    • Claire dit :

      Bonjour,

      c’est très gentil mais ce post date, j’ai rejoint une rédaction en CDI depuis un an (voilà d’ailleurs pourquoi j’ai dû à mon grand regret lâcher un peu ce blog :/) mais je n’oublie pas tous ceux qui y sont encore…

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