Rentrée solaire

Je vous écris d’une salle de cours. Au milieu des trousses, des stylos, des cartables, de la feuille d’appel et du tableau.
Mon prof principal est sympa, les autres élèves aussi. C’est ma nouvelle école.
Excepté qu’à la récré, point de Princes de Lu ni de Figolu, les goulus s’éclatent au café moulu.
La cour est une terrasse sur laquelle on se prélasse, et où viennent s’aérer les fumeurs de la classe.
Mon cahier est un Mac. Énorme, blanc, brillant, d’au moins 3000 pouces.
Je suis excitée comme un jour de rentrée. Heureuse de faire enfin ce que toujours j’ai voulu faire ; d’humeur solaire. (Oui bon ça va, on sait que le journalisme est en perdition, et que tout bientôt, ma recherche boulot, ce sera l’hiver…)
Mardi, j’étais salariée. Hier, chômeuse. Aujourd’hui, je suis « étudiante ».
Enfin, pas tout à fait. « Demandeuse d’emploi en formation ».
L’âge de raison ?
Publicités
Publié dans Suivi personnalisé | Tagué , | 2 commentaires

Calligrammes

Je ne sais pas vous, mais moi, je trouve les rédacteurs hyper has been.
Regardez les autres métiers : ils ont tous évolué : le conducteur de locomotive pilote des TGV, l’agriculteur fauchant jadis les blés regarde maintenant ses machines moissonner (et accessoirement passe à la télé).
Et le rédacteur ? Pendant ce temps-là, il lambine, accoudé à son stylo dans son champ de mots.
Il n’a pas modifié ses outils d’un iota. Pas bougé d’une virgule.
Il ne s’est jamais jeté à l’O, et n’a pas fini de mâcher ses mots. Il pédale dans le potage, se raccrochant comme à une bouée à l’une des lettres d’une soupe alphabet.  De quoi en rester bouche B.
Mais heureusement : « AC ! » semble hurler cette entreprise à travers l’intitulé de son offre d’emploi. Elle a de quoi redécorer le dictionnaire, tout foutre en l’R.
JOURNALISTE REDACTEUR d’IMAGE (hf)
« Rédacteur d’image », imaginons ce que les recruteurs peuvent bien attendre des postulants : maîtrise de la métaphore filée ? composition textuelle sans les mains mots ?
Vu comme ça,  en tout cas, les candidats semblent invités à (d)écrire droit…
…ou pas, si l’on en croit Apollinaire : poète visionnaire, puisque rédacteur d’image bien avant l’heure :
Et la véritable offre de « REPORTER d’image », bien entendu, dans le contexte, elle est.
Publié dans Offres d'emploi | Tagué , , , , , | 1 commentaire

Coquillages, chômage et crustacés

En l’absence d’offres rigolotes ou de détails sordides d’entretiens sanglants, voici, une fois n’est pas coutume, un petit texte (je n’appellerai pas ça « nouvelle », ça a plus le format d’une dépêche AFP !). Même s’il met en parallèle le cancer et le chômage, notons que je l’ai écrit avant la célèbre citation : « L’assistanat est le cancer de la société française ». Je suis donc prête à accuser ce cher Laurent Wauquiez de plagiat.

La première fois que j’ai eu maille à partir avec un crabe, on chassait l’étrille au filet. J’avais 6 ans, et j’étais parti à la pêche dans les rochers à Mesquer-Quimiac.
Puis à 22 ans, au mariage de ma cousine à la mer : en entrée, « délices marines », le tourteau n’avait qu’à bien se tenir. Surtout à cause de moi, qui me contentais de le démembrer pince par pince, pour passer le temps.
Hormis en surimi, je déteste le crabe.
Puis le crustacé a investi mes cellules. Il s’ébat dans ma lymphe à défaut de trou d’eau. Et bien malin qui l’attrapera à l’épuisette ou le mettra dans une assiette.
C’est arrivé à peu près au moment où j’ai arrêté ma recherche d’emploi.
J’ai repassé des examens pour entrer en école de cinéma.
Mon médecin m’en a prescrit d’autres, sanguins, ceux-là.
Mes globules rouges m’ont sorti le grand spectacle : biopsie, leucémie, chimiothérapie en pyrotechnie.
Quand l’oncologue m’a convoqué, j’ai bien tenté de refuser le poste, de dire que les missions n’entraient pas dans mon champ de compétences, que je ne me sentais pas à la hauteur. Rien à faire. Je décrochai le job, chef de projet Cancer.
Je me suis renseigné sur l’employeur. L’imbécile est incapable de pivoter. Ses virages tournent court.
Je rentrai à la maison, me demandant comment un animal que sa physiologie empêche de tourner peut ambitionner une Grande Boucle dans mon organisme.
Au bout de 6 mois, j’en ai eu marre de lutter.
J’ai simplement démissionné et refait mon CV.
A nouveau au chômage, mais mon crabe est parti. Il a fait ses bagages, je suis guéri.
Publié dans Boîte à outils | Tagué , , , , | Laisser un commentaire

Mauvaise volonté

Parce que c’était lui, parce que c’était moi.
Aujourd’hui, récit d’un rencard. Pas n’importe où : dans un hôtel de luxe. Pas avec n’importe qui : le directeur de publication d’un groupe de presse dont j’ai parlé dans les articles précédents.
Vous frétillez déjà, hein ?
Mais ne voilà que le récit de mon dernier entretien d’embauche.
Dès le départ, je n’étais pas dans les meilleures dispositions d’esprit qui soient pour affronter le bonhomme.
Peut-être était-ce dû à la fatigue (j’avais fait un aller-retour en province la veille pour passer un concours de journalisme et je venais de m’enquiller par-dessus une journée de boulot).
Peut-être était-ce la légèreté de cet homme, qui, en-dehors de m’avoir convoquée à l’hôtel (huhu), m’a faite poireauter 35 minutes.
1) L’attente
35 minutes, c’est long, en particulier quand il s’agit d’un palace et que 5 grooms tournicotent autour de vous, alertes, sautant sur la moindre occasion (un regard perdu en trop, des « 100 pas » mal calculés), pour vous proposer leur aide.
Désœuvrée, je ne pouvais que leur répondre que j’attendais quelqu’un,  et qu’à part ma tête et mes 2 bras, je n’avais pas grand-chose à leur faire porter.
Résultat, je me suis retrouvée à arpenter en long en large et en traviole un parcours ciblé comprenant 2 piliers et la porte tournante, entre dehors et dedans, sortant lorsque le personnel me fixait un peu trop longtemps, revenant sur la pointe des pieds lorsque le client qui fumait son gros cigare en terrasse me détaillait d’un œil suspect.
Au bout de 10 minutes, ne le voyant pas arriver et mon téléphone continuant de somnoler, je décide d’appeler sa rédaction : une nana me répond, parvient à le joindre et me dit qu’il aura 15 minutes de retard et qu’il est « désolé ». En passant, étant en pleine possession de mon CV et de ses moyens, il aurait pu me passer un coup de fil.
C’est donc, en tout, non pas 15 mais 35 minutes que j’ai patienté, jusqu’à voir arriver un homme pendu au téléphone et qui s’est arrêté à 5 mètres de moi pour terminer sa discussion sans me faire aucun signe pour m’indiquer que c’était bien lui et qu’il arrivait.
C’était lui. Il m’a emmenée dans le bar de l’hôtel (aussi calme que peut être un bar à 19h, ambiance tout à fait adaptée à un entretien d’embauche), et on a démarré l’entretien.
Son retard à l’allumage ne l’a pas du tout empêché de se montrer très cohérent et solide dans sa ligne directrice, et je l’ai trouvé réglé comme une horloge de précision : plusieurs fois il m’a expliqué sa vision des choses et l’évolution de son entreprise avec moult schémas, flèches, carrés…j’avais l’impression que son cerveau avait été formaté avec Indesign.
Mais quand je dis « précis », je ne déconne pas : un autre grand moment, lorsqu’il m’a offert à boire. J’ai demandé un co*a. Il est revenu bredouille. Ben oui, il n’y avait que du Pespi, alors dans le doute, il a préféré s’abstenir (et prévenant, avec ça). Au final, j’ai eu mon Pespi.
Cela dit, de temps en temps, la minuterie de toute pendule, si précise soit-elle, peut s’arrêter  (ou du moins s’emballer) : pendant les 1h30 qu’a duré l’entretien, il m’a interrompue 2 fois pour prendre des appels en s’excusant à peine.
2) Le rencard
Jusqu’ici, on a l’impression que je raconte mon rendez-vous galant du samedi, alors je vais entrer dans les détails professionnels : on a donc parlé boulot, peu ou prou des mêmes choses dont j’avais discuté lors du 1er entretien avec une de ses salariées, journaliste (celle qui deviendrait ma boss directe en cas d’embauche).
Si ce n’est qu’il a davantage détaillé et m’a sorti un inventaire de tous les termes que je rêve de trouver dans un boulot : « chiffre d’affaires », « marques », ou encore « clients ». Pour du journalisme, il se posait là.
Autant sa sous-fifre avait réussi à noyer le baleineau sous le gravier de la carte de presse et du CDI, autant le grand patron m’a donné autant envie de foncer sur ce poste que de prendre un rendez-vous chez le dentiste pour une extraction de molaire sans anesthésie.
3) La déclaration (ou « cerise sur le Pespi »)
Attention, si jusque là vous aviez lu en diagonale, il s’agit de faire une pause, et de lire de façon totale et complète tout ce qui va suivre :
On en était au point où on allait conclure. Je lui avais donné mon avis sur le community management et la façon de faire vivre une marque déjà établie de manière « psychologique et intègre », il m’avait répondu que des 4 candidats encore en lice, c’était la vision la + intéressante qu’il avait entendue.
On en était clairement au moment M, celui où t’es en bas de ton immeuble avec le mec que t’as rencontré à la soirée S, et où t’attends qu’il te montre qu’il attend que tu lui proposes peut-être éventuellement un dernier verre et où il attend que t’attendes qu’il fasse semblant de réfléchir avant de te répondre, faussement détaché « pourquoi pas ? ».
Bref, j’attendais qu’il cause salaire.
Il m’a demandé combien je voulais. Restée fixée sur ce que m’avait dit sa subordonnée (1500 net) j’ai répondu un peu plus. 1700, 1800 net, qui me semblaient corrects en regard des compétences exigées. Il m’a dit qu’il voulait me donner moins. Moi, naturellement, j’ai pensé aux fameux 1500. Et bah il m’a annoncé « 1800 brut » (environ 1400 nets pour les intimes). Sachant qu’il n’y avait « pas vraiment d’horaires » et qu’en gros je pouvais arriver à 10h tant que je pouvais sans problème rester jusqu’à 22h.
Comme je n’avais plus grand-chose à perdre, je me suis exclamée :  » Vous me proposez vraiment 1800 euros brut pour tout ce que vous demandez ??? ». Et lui, le regard planté dans le mien, la bouche résolue, la tête haute, plus sincère qu’un Roméo à sa Juliette, il me sort une phrase qui deviendra culte :
« Vous savez, moi, je crois à la bonne volonté ».
Là, notre histoire était cuite. Le reste n’a été qu’une longue dégringolade vers une fin programmée. Rien n’a permis de rattraper le coup, pas même quand il m’a parlé des voyages de presse, des invitations de certains clients dans des pays lointains, rien ne m’a plus retenue : ni la fameuse carte de presse, ni la mutuelle avantageuse, ni les tickets resto.
J’ai préféré suivre ma cohérence. Sortir de la pub, ce n’était pas pour y revenir, encore moins sous couvert de pseudo journalisme, encore moins dans ces conditions.
En partant, il m’a demandé un petit exercice à lui rendre par mail, concernant une stratégie marketing à mettre en place sur les réseaux sociaux. Bluffé par mon mitonnage sur l’authenticité et la psychologie de marque, il m’a incitée à le lui répéter par écrit, en m’assurant que j’avais déjà tout dit.
4) La rupture
J’ai mis un peu de temps à prendre ma décision, à « refuser » un CDI qui de toute façon ne m’avait pas été vraiment proposé (nous étions encore 4). Je me suis sentie coupable, après tant de chômage. Commettais-je, quelque part, un crime de lèse-majesté, de mauvaise volonté ?
Et puis j’ai repensé à ce qu’avait dit Aude Rossigneux : « On culpabilise les demandeurs d’emploi en leur disant : « vous touchez des indemnités ». Oui, ils touchent des indemnités, mais ils ont cotisé pour, c’est pas de l’argent volé ! Et on considère qu’ils seraient obligés d’accepter n’importe quoi. Bah non. Et je ne vois pas pourquoi avoir un boulot qui plaît serait forcément réservé aux gens qui ont les moyens. »
Finalement, j’ai pris tous les magazines qu’il m’avait donnés (qui contiennent + de pub que d’info) et je les ai foutus sans état d’âme à la poubelle.
Quelques jours plus tard, je lui ai écris mon mail : j’ai parlé de valeurs d’intégrité, d’authenticité, mais en précisant qu’avant de les appliquer à sa marque, je me devais d’abord de les cultiver de manière privée. Que je devais être honnête avec moi-même. Je lui ai dit que je n’avais aucune envie de bosser pour lui. Évidemment, en des termes enrobés, policés.
Je n’attendais pas une réponse de sa part, mais peut-être une réaction, du type : « je prends note, dire que je vous ai payé un Pespi pour rien, c’est pas classe ».
Son absence de réaction m’a confortée. Je me suis dit que son attitude devait être révélatrice de son comportement au boulot. C’est-à-dire pas vraiment dans l’échange.
Et notre relation s’est terminée comme elle avait commencé. Sur la pointe des pieds.
Publié dans Mes candidatures, Suivi personnalisé | 2 commentaires

Et plus si affinités

Voici une offre d’emploi pour un poste de chargé(e) de recrutement parue sur Profilculture.com.
Liste des compétences demandées :
« -Recherche de talents, illustrateurs, graphistes 2D et 3D, réalisateurs graphiques…
-Pour le blog, recherche d’univers créatifs et de jeunes talents (graphistes, illustrateurs et photographes…), suivi administratif du blog.
Nous recherchons un ou une Chargé(e) de recrutement ayant un profil de post-producteur(trice) et une bonne connaissance de l’animation et des vfx.
Curieux, ayant un intérêt pour l’art, le cinéma et les nouvelles technologies, vous serez un interlocuteur privilégié des graphistes et des post-producteurs.
Contrat :
Intermittent ou freelance voir plus si affinités » (sic)
1) Première interprétation
Ils recherchent un candidat déjà free lance (ou intermittent), mais ce serait encore mieux si le (ou la) gus(se) avait un statut qui leur permettrait de payer encore moins de charges, je sais pas, genre « bénévole ».
2) Seconde interprétation
Ils proposent simplement une embauche en free lance (ou intermittent), voire plus, si gugus(se) donne entièrement satisfaction : plus, c’est-à-dire, sans doute un contrat d’intérim ou un CDD.
Pour obtenir un tel avancement, il faut donc avoir fait la preuve des fameuses « affinités ». Dans ce cas encore, la formule prête à confusion :
1) Première interprétation
Il n’est question que d’une illusion : le rédacteur de l’annonce était en même temps fort occupé à peaufiner son inscription sur Meetic et il s’est trompé de fenêtre en tapant son texte.  Ledit texte devait en fait s’arrêter au mot « freelance ». Dans ces conditions, espérer davantage qu’un contrat free lance ou intermittent est donc aussi vain que d’essayer d’installer Internet Explorer sous Linux.
2) Seconde interprétation
Futur(e) candidat(e), tiens le toi pour dit :
Ta tête et /ou ton tour de poitrine trouve(nt) preneur. Correspondance parfaite avec l’employeur. Petit(e) veinard(e)…
…en route pour la recherche d’appart et la belle vie : grosses chances de signer, dans le pire des cas, un CDD d’un mois. Au mieux, il y a peut-être une possibilité de décrocher la timbale : un statut d’auto-entrepreneur gracieusement exigé.
Dans le cas contraire, tu peux toujours essayer de trouver un boulot ailleurs. Peut-être même un CDI.
Publié dans Offres d'emploi | Tagué , , , | Laisser un commentaire

Plaques tectoniques

La roue doit être restée bloquée en position « baraka », je sais pas, y’a un truc.
Y’a encore peu de temps, j’étais coincée entre 4 murs. Maintenant, on ne peut pas vraiment dire qu’une porte se soit ouverte, ça ne rendrait pas hommage au millier de courants d’air qui se sont engouffrés dans ma modeste demeure. Les murs se sont carrément envolés. Heureusement, il me reste un toit sur la tête, et 56 panneaux directionnels vers des routes toutes plus sympas les unes que les autres.
Au moins, ça bouge. J’ai l’impression d’avoir posé mes fesses à l’intersection de 2 plaques tectoniques.
Previously dans « La 1 emploi », j’avais dit qu’on m’avait convoquée pour un entretien dans un truc journalistique que je sentais moyen.  Je ne me souvenais même plus de l’offre exacte parce qu’elle avait été supprimée de Pôle Emploi et parce que mon ordi, où je l’avais sauvegardée, avait rendu l’âme. (Depuis, mon ordi a été entièrement reformaté sous Linux, merciiii mon petit M., en passant, même si je viens de voir que je ne peux pas ajouter d’images dans mes articles depuis :D).
Les deux seuls éléments du poste qui m’avaient marquée étaient : « CDD de 4 mois » et « 1500 euros mensuels ». Je voyais bien du brut se profiler.
J’étais fermement décidée à éclaircir cette histoire de salaire par téléphone avant de daigner me déplacer à l’entretien. J’avais mes éperons, mon étoile de shérif et mon flingue, prête à dégainer, les pieds dans la poussière, je ne bougerais pas. C’est donc en toute logique que j’ai rappelé la recruteuse pour lui dire que j’étais déjà en poste, mais qu’il était toujours intéressant de se rencontrer (vous ai-je dit que j’étais la gâchette girouette la plus rapide de l’Ouest ?).
Nan mais c’est vrai. C’est important, le réseau, qui sait si dans un an, à ma sortie d’école, elle ne pourrait pas se souvenir de moi, avoir un besoin urgent de rédactrice et m’embaucher à des conditions super avantageuses ?
Je suis donc arrivée à l’entretien vendredi à la bourre, la mèche en vrac, sans avoir rien préparé et prête à entendre le pire : « nous cherchons une journaliste polyvalente au smic ».
C’est fou à quel point des mots dans la bouche de quelqu’un peuvent avoir sur vous un second effet kiss cool.
Prenez le mot « CDI » : de prime abord, cet acronyme brille par son innocence. Mais quand il est articulé en entretien, tout de suite, il acquiert un petit côté percutant.
Prenez l’expression : « nous sommes conventionnés, vous auriez une carte de presse » : là, vous commencez à piger ? (hahaha, « piger », euh, sans mauvais jeu de mot).
Bon. C’est ce qui s’appelle un revirement à rebondissement qui ferait pâlir le climax du film « 2012 », mais c’est pas fini.
J’ai abordé la question du salaire, ce fut plus complexe. Après 5 bonnes minutes de circonlocutions et de délibérations avec elle-même, du type : « ça dépend du profil », « je peux juste vous dire qu’il s’agit d’un salaire moyen » et autres « le directeur vous en parlera mieux que moi », j’ai réussi à lui arracher que je pouvais espérer 1500…nets.
Ce qui est pour moi le Graal (ouais bon, ça va, chacun son Graal, quand j’avais 16 ans, le Graal c’était 400 euros, je veux dire, on change, surtout à Paris rapport coût de la vie).
Après, je me suis quand même demandée si le poste m’intéressait (moi qui rêve de cinéma et de culture, c’est vrai que la presse pro à dominante santé, bon.)
Sauf que d’autres mots magiques sont arrivés : web TV, réalisation vidéo (cadrage et montage = Graal suprême avec supplément chocolat / chantilly.)
Je me suis dit que ça devait être un job hyper formateur, sur des dimensions à la fois rédactionnelles, marketing (oui oui, c’est du journalisme un peu marketing…) et vidéo. Et si ça marche, je serai super blindée pour faire autre chose après…et puis c’est quand même de la presse pro, donc intéressant niveau contenu.
Plus un format « petite boîte » donc autonomie assurée sans trop trop de pression.
Autant dire qu’avec mon profil de rédac / ex pubarde / audiovisuel, ils m’ont déroulé le tapis rouge carmin. Surtout que j’ai sorti tout ce qu’il faut pas sortir à un entretien et qu’elle a quand même paru hyper enthousiaste. Exemple :
Elle : « vous tenez vraiment à faire une école de journalisme à la rentrée ? ».
Moi : « ben disons que…euh…je vais être franche avec vous. En un an et demi de chômage, vous êtes la première à m’appeler. Je n’ai eu aucun entretien en journalisme, j’ai donc pensé que j’étais obligée de faire une école. »
C’était le monde à l’envers. C’est-à-dire que c’est elle qui m’a dit, cash : « mais vous ne croyez pas qu’avec votre CV, vous pourrez vous débrouiller sur ce poste ? »
Fou comme un an et demi de chômage vous dévalorise à vos propres yeux. Et bien non, je ne le croyais pas. Vu mon absence totale d’entretiens, je pensais que j’étais juste bonne à balayer les mouches.
Voila, d’autres candidats sont en lice, mais le directeur m’a appelée, je le rencontre mardi prochain au Ritz (bon évidemment, c’est pas mardi prochain et c’est pas au Ritz, mais c’est genre ça, cause événement auquel il assistera dans l’hôtel un peu plus tôt). Si ça, ça pète pas, hein.
Dans mon cerveau, déjà embrouillé de naissance, tout s’est mis à clignoter comme un site en Flash.
– S’ils me prennent, qu’est-ce que je dis à mon employeur actuel ? Je sais qu’on peut casser un CDD pour un CDI, mais comment lui dire : « Monsieur, avant de commencer avec vous, j’ai postulé à une offre en journalisme. Je croyais avoir affaire à un CDD. Ils m’ont convoquée, c’était en fait un CDI. J’ai dit oui et je commence dans 10 jours. » Et ce, alors que je lui ai dit « non » à lui pour un CDI, parce que je voulais entrer en école de journalisme. Gloups.
– Autre paramètre rigolo (qu’est-ce qu’on rigole, hein ?!), je suis certes prise en école de journalisme en septembre. Mais c’est une école privée et j’attends de savoir si je vais avoir un financement public. Comme je déteste attendre, j’ai envoyé un dossier pour un IUT (reconnu et public) en un an, et j’ai été sélectionnée. Demain, en route pour l’oral + l’écrit avec 52 autres candidats pré triés. Réponse début juillet, ils ne seront que 16 à arriver au port.
Alors si je devais être prise à l’école et en CDI, un petit ange me souffle : « mais quand même, ce serait bien de faire une école » à gauche, (ouais parce que qui dit école, dit stages ciblés, et ptet CDI à moyen terme dans une rédaction qui me convient davantage, genre Le Monde, mais avec des si, hein…)
Tandis que Méphisto, sur ma droite, ricane et s’exclame : « allez, ne sois pas bête, tu crois vraiment qu’après avoir pondu un blog pareil et t’être plainte plus d’un an, tu peux te permettre de refuser un CDI ??? Un CDI, tu sais, ce truc de voie royale pour la stabilité ».
Comme je suis hyper fortiche pour imaginer des conséquences à des hypothèses pas encore vérifiées (du genre à filer à l’hosto après avoir aperçu une peau de banane sur la chaussée) et qu’au final, ça ne me réussit pas des masses, j’ai pris la décision de consulter.
J’ai donc fait appel à Hercule Poirot et au Dalaï-Lama pour m’enlever ce tronc d’arbre du pied, et leur conseil est sans appel :
« Attends de voir ».
Parce que si je ne suis prise nulle part, je redeviendrai la fille qui attend son financement (pour l’école de Paris). Le moins qu’on puisse dire,  c’est que dans ce cas, ça m’aura donné des trucs à raconter.
Un peu comme une fausse alerte au tremblement de terre.
Et puis au pire du pire, un recruteur, dont j’attendais la réponse depuis 2 mois, m’a contactée de Lyon pour un CDI (ce qui me donne l’illusoire impression que je n’ai qu’à me pencher pour les ramasser). Mais c’était à une époque où je n’avais aucune piste et ça reste un poste à dominante marketing…
En tout cas, hier, j’ai eu vent d’une offre ayant trait à la médiation culturelle et au cinéma, et de tout ça mis bout à bout (mon boulot actuel, les écoles, Lyon, le poste en presse pro), c’est la seule offre qui ait fait tilté mon système limbique au moment où je l’ai lue. Je m’y voyais déjà.
Alors soit ça veut dire que je suis plus indécise que l’âne de Buridan, soit c’est un signe : c’est LE truc de mes rêves, qui émerge parmi tout le reste, et je dois postuler puisque je serai prise.
Je vais donc postuler, et si tout se passe bien, je ne serai pas convoquée. (« Pessimiste ! » me crieront-ils, et ils auront raison).
Ce billet était riche en tergiversations, pauvre en véritable contenu, mais en tout cas je tiens à dire que ça fait vachement du bien de bosser. Et vachement du bien d’être convoquée. De se sentir aimée (:D).
Et une pensée pour les chômeurs / chômeuses qui me lisent, je ne vous oublie pas, je suis toujours parmi vous, dans ma tête. Et je viens d’ailleurs de dégotter une offre sympathique à partager très prochainement.
Publié dans Mes candidatures, Offres d'emploi | 4 commentaires

Loi des séries

Pendant que je me débats dans mon nouveau job depuis une semaine, la Terre continue de tourner, les ordinateurs, de planter, et  les recruteurs, de me…recruter.
Ouais. Comment dire. Comment expliquer qu’en un an et demi de bonnes et loyales candidatures packagées comme des Ladurée, j’erre comme 20 âmes en peine sans l’ombre d’un coup de fil, et qu’en l’espace d’un mois,  3 propositions me tombent dessus quasiment sans effort ?
La vie n’est que zones d’ombres.
Bon, il est vrai que j’avais fait le forcing pour la mairie de Tarmagnole-sur-Croupinière avec une candidature adaptée. Mairie que j’ai donc rappelée hier pour lui annoncer que je lui posais un lapin de garenne maousse costaud pour août, bossant maintenant dans le poker et pour 3 mois. Nan en fait, pas un lapin de garenne, un terrier entier.

J’ai eu de la chance, la DRH s’est montrée compréhensive même si son ton un peu blasé a semblé vouloir dire : « ouais donc là en fait je vais devoir me rabattre sur l’un des gamins qui mâchait du chewing gum en entretien » (mais siiiii : lui ).
Ce soir, j’en étais donc là. J’étais en train de me dire que mon job me plaisait (et c’était à la base autant pas gagné que quand on te distribue une main 2/6 en pré flop au poker – zavez vu chui trop deviendue une pro -).
Seul bémol, l’organisation du travail, ou plutôt l’absence de. C’est simple, avant, j’avais jamais bossé.
Ça fait bizarre de bosser.
T’as à peine le temps de lire une  seule actu sur Twitter que ton boss t’a déjà demandé 4 briefs, 5 mails, 6 articles pour le blog et ne pas oublier d’arroser les plantes (presque). Alors je vous laisse imaginer le retard accumulé après la lecture de 5 malheureux tweets + un mail privé en bonus. Je ne suis plus la 100 emploi, ni même la 1 Emploi, je suis devenue Shiva, mais juste dans ma tête, sans les 4 paires de bras (et faudrait penser à me les greffer fissa, merci).

Revenons à nos moutons.
Entre le moment où j’ai décroché le rendez-vous pour le poste que j’occupe actuellement et l’instant I où j’ai passé l’entretien, j’ai innocemment répondu à une offre d’emploi pour être journaliste / community manager dans un autre domaine.
Dans ma réponse à l’offre, j’y avais été mollo. Ou franco, ça dépend comment on voit la chose. C’est à dire que déjà, c’était la première candidature que j’envoyais depuis au moins le mois de mars. Trop occupée à lancer ce blog, j’étais.
Alors quand j’ai pris mon clavier pour rédiger ma lettre de motivation, ça s’est terminé en 5 paragraphes torchés en 3 minutes, dans le corps du mail, même pas en pièce jointe, pour dire : « je suis ça, je sais faire ça, c’est à prendre ou à laisser » (en gros). Et ben ça a marché.
De la même façon que les candidats n’ont plus envie de se faire suer à pondre des lettres hypocrites, les recruteurs n’ont plus la gnaque. Ils veulent aller à l’essentiel.
Une journaliste m’a donc laissé un message tout à l’heure, en plein TGV, à 18h tapantes (ça doit être une cousine de la DRH de Tarmagnole qui me sonnait à 9h pétantes, sauf qu’elle, elle est du soir), pour me demander de vite vite vite la rappeler. Sauf que là, on est un peu en pré week end de Pentecôte ma chéwie.
J’ai donc 3 jours pour laisser galoper mon imagination sur le contenu du poste.
Oui parce que sur le site de Pôle Emploi, où je l’ai dégotté, j’avais pu lire qu’il s’agissait d’un groupe de presse un peu inconnu au bataillon, très spécialisé, mais je ne peux en dire plus (non, il n’appartient pas à Marc Dorcel, calmos). Juste que c’est en rapport indirect avec la santé. Et puis je ne m’excite pas plus que ça parce que le salaire est du genre quitte ou double. Il était écrit 1500. Tu sais pas si c’est du brut ou du net, mais vous pouvez être sûrs que quand je vais la rappeler mardi, c’est la première chose que je lui demanderai : si c’est du brut, ciao bella, on ne se rencontrera même pas.
Et dire que y’a encore un an, j’étais prête à masser les pieds d’un recruteur pour un smic sans tickets restos…
Ayant depuis oublié tout le contenu de l’offre, je viens de retourner sur le site de Pôle Emploi, munie du numéro gagnant (enfin, de l’offre) et vous imaginez bien que l’annonce a disparu.
Comme je suis prévoyante, je l’avais enregistrée dans mon ordi.
Celui-là même qui est en train de subir une opération de reformatage à cœur ouvert chez mon pote à Belleville à 500 kilomètres.
Résultat, je ne m’emballe pas, ou du moins sans bolduc.
Pour commencer, je viens de débusquer le site web de ce groupe de presse, qui me fait papillonner des cils jusque aux narines : il clignote de partout, et je suis juste dégoûtée de ne pas pouvoir vous donner son nom parce que comme dirait l’autre : ô, ironie. (Imaginez un nom du genre « Clairvoyance ».)
Il a l’air assez mal foutu et hyper spécialisé. Et le salaire à mon avis va être naze. Et ça m’embête vraiment de faire ça à mon employeur actuel, même si je n’ai toujours pas signé de contrat (imprimante en panne toute la semaine, est-ce un signe ?)
Bon, on fait comme d’hab, je vous tiens au courant.
Très bon we de Pentecôte !

Publié dans Mes candidatures | Tagué , , , , , , | 2 commentaires